Pour mémoire, le site en question qui est à l'extérieur des remparts faisait office de terrains de football aux enfants des quartiers voisins et ceux des quartiers intra-muros parce qu'il était vague et sa taille lui permettait d'accueillir jusqu'à 2 matches à la fois . Les khettaras qui le ponctuaient tenaient lieu de points d'eau pour se doucher après les rencontres. Aux alentours, des monticules de terre, des fois si élevées qu'ils servaient de miradors aux bambins qui les arpentaient avec cet enthousiasme de se sentir sur le toit du monde, au sommet de l'Everest pour ainsi dire, rendaient le paysage désertique. De toutes ces constructions qui peuplent aujourd'hui la place, il n' y en avait la moindre trace.
Voilà pour le décor d'alors.
Qu'en est-il aujourd'hui ?
Pas besoin de vous en faire un dessin pour vous apprendre son immense besoin à une impérative dédentification pour le soulager de l'inexorable étouffement qui l'étrangle sur fond de pollution conjuguée à une cacophonie assourdissante. Il suffirait d'emprunter la route qui le contourne et qui le sépare des sièges de la Wilaya et de la Sûreté pour avoir une idée sur les difficultés à s'y frayer un chemin tant il constitue un véritable guet à pens où il faut user de subterfuges pour s'en dégager. Un menu au quotidien où les charretiers et des conducteurs des voitures utilitaires Honda et autres Suzuki offrent leurs principales recettes à longueur de journée, exacerbant la patience des passants.
Passe encore s'il ne s'agissait que des problèmes du trafic et des nuisances qui s'en suivent. C'est plutôt l'aspect du paysage qui choque. Un souk moyenâgeux aux allures ringardes qui plus est, élit domicile juste en face du siège de la Wilaya, symbole de l'administration territoriale de Marrakech, ne peut que véhiculer une image rétrograde en contradiction avec l'essor urbain et économique d'une ville qui passe pour être la locomotive du royaume dans le secteur touristique sachant que celui - ci est le canal de médiatisation par excellence des progrès réalisés en amont et en aval.
C'est pour ces raisons que nous avons du mal à comprendre les atermoiements des autorités locales et de la mairie à se débarrasser de cette béante plaie qui défigure le visage de toute une ville. C'est bien d'avoir délocalisé le marché de gros et de penser à faire de même pour la gare routière pour décongestionner une place devenue le centre névralgique de la cité après Jemâa El Fna. Il serait tout aussi important de traiter de la même façon le souk Khmiss qui n'a plus la raison d'être de camper devant la vitrine administrative de toute une région.
D'aucuns parlent également de la nécessité de délocaliser le stade du Harti, le Lycée Hassan II et de l'Ecole Hôtelière dont les emplacements s'inscrivent en faux avec les aspirations du prochain schéma directeur.
L'avenir leur donnera raison non seulement parce que ces bâtiments ne rendent plus service là où ils sont mais surtout parce que leur argent servir à réaliser des centaines de projets pareils avec des structures beaucoup mieux adaptées, plus fonctionnelles et davantage proches des segments sociaux concernés. L'on se demande alors si les pouvoirs publics ont le champ de vision aussi restreint pour ne pas anticiper et prendre des devants ?