Jacques Majorelle a 31 ans lorsqu'il débarque à Tanger. Il rejoint rapidement Marrakech. Il y prolonge et concrétise ce qu'il avait découvert en Egypte.
C'est peu de dire qu'il est séduit par la ville, elle va le révéler à lui-même...
S'intégrant à la fois à la communauté européenne et au milieu arabe, il est reçu quelques mois après son arrivée par le Pacha et devient rapidement l'une des célébrités locales. Très vite, il sait que ce pays sera le sien. Dans les différentes expositions organisées au Maroc et en France à partir des années 1920, il s'impose comme " le peintre de Marrakech " puis comme " le peintre du sud marocain ".
Subjugué par la lumière, les odeurs, les lieux, il veut témoigner de l'authenticité des habitants de la ville, saisir leur quotidien, peindre les marchés, les souks, décrire cette activité incessante qui l'enchante.
Dès 1921, il entreprend des expéditions dans l'Atlas. Là encore il est ébloui par les paysages somptueux, fasciné par l'architecture des palais, intrigué par la vie féodale des villages, de ces montagnes encore inviolées.
Les Kasbahs de l'Atlas qu'il semble vouloir peindre à l'infini constitueront l'un de ses thèmes majeurs et lui permettront de réaliser quelques unes de ses plus belles compositions.
La villa et les Jardins Majorelle
En 1923, Jacques Majorelle fait construire une imposante villa de style mauresque Bou saf-saf, à la limite de la palmeraie. Il dessine les motifs des zelliges, ces mosaïques qui couvrent les murs, peint les vantaux de la porte d'entrée en cèdre de motifs géométriques bleu dur, vert et rouge sombre. Ces mêmes couleurs sont utilisées pour la décoration intérieure dont les références à l'art traditionnel marocain sont évidentes. Enfin une tour légèrement en retrait accentue le côté saharien de cette construction devant laquelle s'étale un grand bassin.
Autour de cette maison, il conçoit un jardin comme une immense oasis de verdure dans laquelle les espèces les plus extraordinaires, les plus luxuriantes s'épanouissent avec bonheur. Les volutes extravagantes qui ornaient à profusion les vases, les meubles, les vitraux de l'Ecole de Nancy auraient-elles à jamais marqué l'imaginaire de l'artiste? Toujours est-il qu'il ne cesse d'enrichir son jardin avec les essences les plus rares : 1800 sortes de cactées, fleurs tropicales, bananiers, fougères géantes et 400 variétés de palmiers envahissent l'espace répandant leurs parfums enivrants sur quatre hectares. Onze bassins de différentes formes rafraîchissent ce somptueux jardin.
En 1931, à l'opposé de la villa mauresque, il confie à l'architecte Sinoir la construction d'un atelier de style moderne dans lequel il se retire pour travailler.
En 1955, la villa familiale Bou saf-saf, entourée de son parc d'un hectare, fut séparée du restant de la propriété. Le jardin exotique de trois hectares qui entourait l'atelier de Jacques Majorelle fut alors ouvert au public. Par la suite ce vaste espace fut morcelé et certaines parties furent vendues.
Aujourd'hui, la villa Bou saf-saf appartient à Yves Saint Laurent et à Pierre Bergé. Ils ont permis sa restauration ainsi que celle d'une partie des jardins toujours ouverte au public.
L'atelier a été transformé en musée d'art islamique.
Les ateliers Majorelle
A peine arrivé à Marrakech, Jacques Majorelle décide de créer un art décoratif nouveau s'inspirant de la tradition et qui serait réalisé à partir de produits régionaux et exécuté par une main d'œuvre locale. Les ateliers sont installés derrière la villa et gérés par Andrée Majorelle, la femme de l'artiste. Ils prospèrent très vite : cuirs d'art, maroquineries fines, meubles en bois peints...
C'est dans ses ateliers qu'il fera réaliser différents travaux de décoration, les plus importants étant ceux qu'il créée pour sa propre maison, ceux qu'il présentera à l'Exposition des Arts décoratifs en 1925 et enfin ceux qu'il fait exécuter pour l'hôtel Mamounia à Marrakech. Le plafond de la grande salle à manger du célèbre palace est peint de motifs qui font référence à l'art berbère et aux motifs fassis.
Notice biographique
Né à Nancy le 7 mars 1886, Jacques Majorelle est le fils de l'ébéniste d'art, Louis Majorelle.
Il est élève de l'Ecole des Beaux-Arts de Nancy, puis part à Paris où il fréquente l'Académie Julian.
En 1908, il fait un voyage en Espagne et en Italie, à Venise.
En 1910 il découvre une première fois l'Orient, en Egypte.
1914 : il est mobilisé puis réformé. En 1916, il séjourne en Bretagne, en Suisse et sur la Côte d'Azur.
En 1917, il rejoint le Maroc avec une lettre de recommandation pour le général Lyautey. Il s'installe rapidement à Marrakech.
En 1919, il épouse Andrée Longueville, née à Lunéville et avec qui il est arrivé au Maroc.
Au début de l'année 1921, il fait une première expédition dans le sud du pays. Il publie à son retour, Carnet de route d'un peintre dans l'Atlas et l'Anti-Atlas, journal tenu durant son périple.
En 1923, il achète un terrain dans la palmeraie et s'y fait construire une maison dans le style mauresque. Le jardin est progressivement aménagé. L'année suivante, il peint le plafond de l'hôtel la Mamounia.
En 1926, Louis Majorelle décède à Nancy. Jacques poursuit son exploration de l'Atlas et multiplie les expositions.
En 1929, de nombreuses expositions montrent son travail.
A partir des années 1930, il peint des nus noirs qui posent dans son jardin. Il multiplie ses expériences sur la couleur et poursuit ses recherches d'application de poudre d'or et d'argent.
En 1931, il confie la réalisation d'un nouvel atelier à l'architecte Sinoir.
Pendant la deuxième guerre mondiale, il effectue de nouveaux séjours dans l'Atlas. Il organise une exposition pour financer les dépenses entraînées par l'entretien des Jardins.
De novembre 1945 à 1952, il multiple les séjours en Afrique Noire.
Victime en 1955, d'un premier accident de voiture, il est amputé d'un pied.
L'année suivante, il divorce et se remarie en 1961.
En 1962, à la suite d'une fracture du fémur, il est rapatrié en France. Hospitalisé à Paris, il décède le 14 octobre 1962.
Il est inhumé à Nancy au cimetière de Préville avec ses parents.